28 AVRIL 2009
Les carnets d’un étudiant du programme Arts culinaires : confidences d’apprentissage dans les coulisses de l’Institut Paul Bocuse
Mais où suis-je donc? Qu’est-ce que je fais dans cette tenue ?
Aïe, ça ne va pas du tout là… Qui sont ces gens qui me réclament du pain ?
Respire et calme-toi.
"Euh … Pardon… qu’est-ce que vous faîtes dans ma tête ?"
"Désolé Monsieur mais ce n’est pas ce que j’avais commandé !..."
7h01 : mon réveil sonne.
Après un bref sursaut me sortant la tête de l’oreiller, je reprends mes esprits, m’essuie le front et me prépare doucement à effectuer ma dernière journée en salle, au restaurant Saisons. Vous l’aurez compris, les deux semaines de service peuvent parfois secouer certains étudiants du programme arts culinaires & management de la restauration…
J’arrive à l’Institut, il est 8h.
Les yeux en papillote, je revêts mon habit de cérémonie : pantalon noir, chemise blanche, cravate, gilet rouge et veste noire ; je suis paré pour aller jouer de l’accordéon dans le métro.
Trêve de plaisanterie. J’arrive à l’office, salue mon équipe, puis commence à polir mes 250 verres à pied pour le service du midi.
- Ah… si seulement je pouvais retourner au front… aux fourneaux, voulais-je dire…
Après un bref échange avec Monsieur Ricolleau, le maître d’hôtel du restaurant Saisons, j’apprends la bonne nouvelle :
"François, ce midi, vous allez vous occuper seul du Salon de Lecture. Attention, ce sont des habitués"
"Oui Chef… euh… oui Monsieur Ricolleau"
Je lâche mes verres, réquisitionne le chariot roulant, charge l’artillerie… pardon, l’argenterie et m’empresse d’aller dresser ma table ; il est 10h34.
Après cette brève introduction, je ne suis pas spécialement pressé mais je vais quand même vous emmener directement à l’arrivée des convives.
Il est 12h15. Trois silhouettes se distinguent à l’horizon.
Le portier, droit comme un "i", ouvre les portes du château.
L’assistant maître d’hôtel, en deuxième ligne, s’empresse de prendre les vêtements des clients et me fixe du regard ; je m’approche discrètement :
"J’ai une tache sur ma chemise ? Quelque chose ne va pas ?"
"Je vous présente François, c’est l’étudiant qui s’occupera de vous ce midi. Bonne continuation"
Les présentations étant faites, j’installe mes trois clients dans le salon, donne les cartes et apporte l’apéritif.
"Mesdames, Messieurs, avez-vous commandé ?"
"Oui, nous allons prendre 3 menus Château. Madame prendra le thon mi-cuit et le bar au sel de Maldon, Monsieur et moi le foie gras et l’épaule d’agneau cuite comme un navarin"
"Bien Monsieur, je vous appelle le sommelier"
"Merci"
Pas mal pour une première en solo… Je cours en cuisine, le sourire jusqu’aux oreilles et bham !, le retour de la porte battante me revient directement dans la figure. Je transmets le bon, le visage blafard.
"Salon lecture Chef, ça marche"
Je m’empresse de rejoindre mes clients, sers le vin par la droite et entame une tâche difficile, redoutée par l’ensemble des étudiants : le service du pain. En effet, le transport des baguettes miniatures de la panière à l’assiette doit se faire avec une pince improvisée d’une fourchette et d’une cuillère : autant demander à un serveur de désosser un sanglier…
Il est 12h30. Les amuse-bouches et les entrées étant déjà partis, j’apporte les plats recouverts et maintenus au chaud sous des cloches en argent, suivi de près par Monsieur Ricolleau.
Je m’approche des clients, pose délicatement les assiettes sur table et jette un coup d’œil à mon supérieur. Après un mouvement bref et coordonné, le contenu des assiettes se dévoile, laissant les cinq sens quelque peu désorientés…
C’est alors qu’une petite voix rauque laisse tomber ces mots :
"Désolé Monsieur mais ce n’est pas ce que j’avais commandé !…"
Ah, quand le rêve devient réalité…
François Marchenay, étudiant en 1ère année Arts culinaires & management de la restauration